Poète absurde

J’avais pris une pause. Une préparation à mon « suicide littéraire ». Je préparais le nœud, m’assurais de la solidité de la corde. Le bouton d’effacement était à ma portée.
Mes écrits, étalés devant moi, m’apparaissaient comme une marre de sang séché, jadis une hémorragie massive interne — d’une rupture aortique —, puis une transsection carotidienne — en perdant la tête. Ils étaient devenus intolérables à voir. Absurdes. En les relisant, je n’y voyais plus aucun sens. Seule leur destruction avait encore un sens. Il fallait annihiler leur absurdité. Nettoyer cette odeur rouillée de sang séché qui ne faisait plus que soulever en moi — et, je peux imaginer, chez quelques autres — la nausée comme un puissant émétique.

Je venais de découvrir en l’absurde un absolu. Il venait d’émerger en moi avec la chute de mon dernier idéal : l’amour. Dieu existe : il est absurde ; le monde est expliqué.

Ah ! Comme je fus le plus grand des sorciers idéalistes, moi, le chasseur de sorcières idéalistes !

Avant de tirer la corde qui ouvrirait la trappe de l’anéantissement, mes yeux errèrent par hasard sur un texticule d’une écrivaine (appelons-la ainsi, puisqu’elle écrit) qui se disait née à nouveau après son « suicide littéraire ». Puis tant d’autres. Cela devenait presque une norme, une habitude, une étape. On n’aime plus, on tue. Les cimetières étaient remplis d’écrits suicidés.

Et moi, fidèle à mon habitude, je ne pouvais pas marcher dans le chemin des autres. Plutôt traverser le marécage, jusqu’à m’embourber [les rares personnes qui me connaissent bien confirmeraient ce maudit entêtement]. Fidèle jusqu’au bout, je ne pouvais pas abandonner d’anciennes amours, fussent-elles mes chimères.

Et me voici donc sabotant mon suicide. Je porterai désormais tout le poids de mes écrits insensés. Même les plus laids, les plus mauvais, les plus douloureux, les plus magnifiques. Les plus absurdes. Mon fardeau me suivra, me ralentira comme une carapace de tortue. Peut-être aussi me protègera-t-il. L’absurde peut-il faire bouclier à l’absurde ? Et j’arriverai bien avant Achille.

Mais, je me réincarne, moi le néosremedien. J’abandonne une fois de plus aux quatre vents ce corps et les autres et transmigre vers un autre, définitif. Le mien.
Coquecigrues, etc.

2 avril 2009. Mots-clefs : , , . Détêtements, Exodes. 9 commentaires.

Rapsodie espagnole

On jurerait un film de Hitchcock.

Un tournoyant vertige en prélude à la nuit.

Vertigo.

Ou Psycho ?

30 mars 2009. Mots-clefs : , , , , . Musicadrénalinisation. Laisser un commentaire.

Travailler, c’est trop dur ?

Le monde est en devenir constant.

Il y a cinq ans, mes anciens collègues se chicanaient presque pour faire le moins de gardes possible et travailler le moins longtemps possible.

Aujourd’hui, mes nouveaux collègues se chicanent presque pour faire le plus de gardes possible et travailler le plus longtemps possible.

Time is money, dit-on. C’est sans doute la crise économique…

(ou la testostérone ? ou la jeunesse ?)

30 mars 2009. Mots-clefs : , , . Détêtements. Laisser un commentaire.

Maurice Jarre

« Sans la musique, la vie serait une erreur. »
— F. Nietzsche, Le crépuscule des idoles.

Merci Monsieur Jarre pour vos musiques qui ont embrassé ma vie.

30 mars 2009. Mots-clefs : , . Musicadrénalinisation. 1 commentaire.

Dessiner

Me réfugier dans l’enfance.

29 mars 2009. Détêtements, Pulsation artistique. Laisser un commentaire.

Je me souviens quand j’étais là

à K.

Je me souviens quand j’étais là
Des chats qui marchaient à petits pas

Je me souviens quand j’étais là
Des pieds gelés sous les draps

Je me souviens quand j’étais là
Du café fort les matins bleus

Je me souviens quand j’étais là
Des soirées longues et puis du feu

Je me souviens quand j’étais là
Des doigts qui traînaient dans mes cheveux

Je me souviens quand j’étais là
Des baisers posés, des thés verts versés

Je me souviens quand j’étais là
Des airs d’Éthiopie sous les mots échangés

Je me souviens quand j’étais là
De mes yeux qui sur toi venaient danser

Je me souviens quand j’étais là
Et que nous étions ensemble toi et moi

Je me souviens quand j’étais là
Combien le temps soudain n’était plus aussi froid

29 mars 2009. Mots-clefs : . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Concluons

Je me suis séparé de toi
Mais l’amour me précédait encore
Et quand j’ai tendu les bras
La douleur est venue s’y faire plus amère
Tout le désert à boire

Pour me séparer de moi-même

—Paul Éluard

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Le recommencement

à K.

Le temps fleurit à nouveau de nous deux
Nos vies réunies en épisodes
Se contemplent face à face
Âme à âme
Et se touchent doucement
S’entraînant l’une l’autre ici, là-bas
Ensemble, dans un recommencement

Nous deux à nouveau
Nous deux toujours

22 mars 2008

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Fragments

Je suis plein de tes arts
Les miens en éclats
Une détonation charnelle
Te ravive en raz-de-marée
Je me réchauffe de nos athétoses répétées
J’attends tes bras avec la plus pure impatience
Cette gravitation ralentie vers tes lèvres
Sublime collision au crépuscule de notre première nuit

J’ai consulté l’étoile d’Ishtar et la lune Sin
Autant de mes écritures intérieures
Où rien n’est immobile, immuable
Vivant pleinement de tout son chaos
Ma solitude boit des mots et des rêves jusqu’à l’ivresse
J’arrive au bout de moi-même

Je continue à apercevoir tous les horizons
Tressaillir au chant de ta voix comme à celui du Oud
Les tumultes des corps se poursuivront
Cet accomplissement expansif
Toujours dans le désordre de l’existence

Nos mémoires se croiseront
Dans chaque trou de mon existence
Tu seras éternellement dessinée
Près de la fenêtre qui nous sépare du monde
Je soupirerai encore pendant quelques temps
J’aurais peur de nous décevoir
Dilué dans l’aquarelle du temps
Je t’envoie ma carte du bonheur et de la nostalgie
Je t’offre en cadeau quelques rayons de lune et des poussières d’étoiles

(2008)

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

En images

De l’espace obscur de mon indécision
Ce grand être vide sans bleu ni blanc
Je parcours ma solitude comme un seul homme
Je chante sans joie sans mot et sans regard
Il me reste l’itinérance dans le destin futile
Que ne suis-je pas un démiurge?
Cela est illusoire et je dois suivre la foule des ignorants
Car j’ignore, je m’ignore, mais je ne t’ignore pas
J’arpente la voie que m’a tracée ma vie en devenir
Cette vie de chagrin d’éternité

Il me faut te retrouver dans les dunes évaporées et les vagues défaites
Sans quoi je sillonne ma pente douce vers les hauteurs de l’ennui
Quand aura lieu ce fracassement des astres?
Quand surgira du mausolée en friche l’odeur des nuits sublimées?
Je n’ai en bandoulière qu’un fil noir de souvenir
J’ai en mémoire une nuit bleutée entourée d’anneaux orangés d’aube
J’ai en résonance des tempêtes automnales et des craquements de murs
Vibrations dans ma poitrine maintenant creuse après les braises de novembre

Je me lie à plat ventre à l’espoir fabulateur
J’emporte avec moi l’ombre du temps futur
Je nous quitte en nous laissant devant joyeux
Je nous laisse en images mille mots d’âme.

(2008)

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Il n’y a pas d’oubli

Celle à la fleur dans les longs fils noirs
et à la peau de feuille de novembre
avec qui l’ennui n’est pas mot de ce monde
qui ne connaîtra jamais fanaison à mes sens et mon âme
me reste en mémoire d’eau de roche
emplit le puits de mes souvenirs
définit la volupté même à atteindre
que seuls les rêves approchent à grand-peine.
Les mots d’échos de sa poésie m’appellent en songe et dans la lune
et résonnent à jamais dans mes nostalgies et mes solitudes.
Nous n’aurons pas bu ensemble cette fameuse menthe
mais peut-être sa sœur la ciguë qui sépare à jamais.
Il n’y a pas d’oubli. A-t-on oublié Socrate après la ciguë?

(2008)

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Voyage sur Saturne

Ce fut un beau voyage bleu et blanc
Parmi les étoiles et les anneaux de Saturne
Nos jours tranquilles d’attente et nos nuits d’expirations défoulées
Nos mots de chair et nos regards d’âmes
Derrière le cortège des dieux nous nous sommes contemplés

Nous nous sommes séparés dans les poussières d’étoiles
Et ma tête retombe dans le vague espace
Je te cherche sur toutes les ombres, tous les reflets
Sur les éclipses de lune et les taches solaires
Tu persistes en ma conscience plus qu’en mémoire
Je me languis et je m’accuse
La suite est une impasse, catastrophe de mon âme

(2008)

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Il n’en fallait pas tant

Pour raviver cette lueur
Alimentée de mots
Qui volent en étincelles
Dans le dédale des souvenirs et des demains
Mots cristallisés en mille images

(2008)

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Rappelle-toi

Ce fauteuil vide où tu te fais absente
Comme il t’a vue comme moi se tourmenter
Dans les heures infinies avant les aubes bruyantes
Rappelle-toi
Avant les déferlements de mots il n’y avait que les âmes
Les cœurs battant aux flancs des volcans
Tes yeux s’éloignaient sans paroles en longs silences
Parfois croisaient les miens en dialogues muets
S’échangeant des métaphores en livres ouverts
Ta hanche près de la mienne, efforts immobiles
Tes joues si près de tes lèvres au seuil de cette porte triste
Et ce lit qui ne te reconnaît plus…

Nos corps se rejoignent encore dans nos souvenirs
Rappelle-toi…

(2008)

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Errance

Sur le toit du silence je monte en trombe
Déjà glisse la neige sous mes pieds froids
Non il est vrai que dieu n’existe pas
Il est vrai que maintenant j’existe
Y a-t-il plus chaud que tes mains d’automne bleu-blanc-rouge
J’entends le bruissement de tes cils fermés
Je vois tes jambes nues sous cette robe colorée d’azur étoilé
Il ne suffirait que de la musique nocturne de tes soupirs
Pour que je puisse dormir à nouveau et ne plus rêver
L’attente est vaine et sans espoirs
Écrasante errance de mon âme rouge et noire

21 décembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

L’amour avorté

J’entends toutes ces chansons d’amour accompli
De feu consumé jusqu’aux cendres
De bonheur soulevant l’âme sans attache

Quelle amertume de ne pouvoir accomplir cet amour
D’asperger d’eau cette forêt en flammes
De fixer son âme à mille enclumes

Et tout cela par amour accompli
Pour des forêts réduites en cendres
Mon âme déjà élevée vers une autre

L’amour veut avorter l’amour

1er janvier 2008

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

La vie en a décidé ainsi

La nuit après ton départ est songeuse et grave
Vide de tes sens et des miens en percussion
Nous ne fûmes jamais le jour
Nous ne vîmes jamais le soleil après les aubes
Les étoiles et la lune étaient nos seules lumières
La vie en a décidé ainsi
Il ne reste plus de tes cheveux ni de ton odeur
Dans ce lit qui nous a épié quelques fois seulement
Qui aurait voulu, comme nous, nous contenir à nouveau
Mais la vie en a décidé ainsi
Nous aurions voulu nous connaître de jour
Partager le voyage de nos vies
Mais les au revoir prononcés sont devenus des adieux
La vie en a décidé ainsi

6 janvier 2008

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Le temps dédoublé

Je me retrouve seul dans ce village lointain
Nous ne nous écrivons plus
J’attends perpétuellement
Peut-être en vain
Une lettre,
une phrase, un mot,
une lettre
L’attente est incertaine
Le temps se multiplie par deux à chaque seconde
Double attente paralysante
Obsédante, immobile attente

8 janvier 2008

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Trois ou quatre heures

Je m’en souviens de ces heures interminables
Et nous ne souhaitions pas qu’elles se terminent
Ces quelques heures, trois ou quatre, tout au plus
Où nous nous sommes vus la dernière fois
La nuit dans cette chambre
Nos yeux s’écrivaient encore en métaphores
La dernière fois, peut-être la dernière fois

9 janvier 2008

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Les tempêtes intérieures

Encore ce vent dehors
Cette tempête et ces murs qui craquent
Comme craquent les murs de ma mémoire
Et mon silence me rappelle nos silences
Lorsque nous déversions nos brûlures par nos yeux
Nos regards qui disaient tout
Sans besoin de mots
Sans que nos corps vacillent
Sauf nos poitrines qui auraient pu nous trahir
Se criant l’une à l’autre en battements incessants
Jusqu’au matin près de la porte
Où nous nous sommes frôlés avant ton départ

9 janvier 2008

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Lettre à H. Hesse

Cher Hermann
Je suis, moi aussi,
En quelque sorte,
Un Loup des steppes.
Un insensé.

10 janvier 2008

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Quelque part entre l’Alpha et l’Oméga

Ma vie dans l’attente est en ce moment la lette Psi
Lourdement écartelée entre trois voies possibles
Comme j’aurais souhaité qu’elle puisse être Zêta ou Xi minuscules
Ce sont des lettres bien plus belles et joyeuses
légères, sans affliction et bien décidées
J’ai pourtant l’impression d’être parfois un Omicron
ou un Delta majuscule
et de revenir sans cesse au même endroit
Il faudra voir quelle branche je choisirai
Avant le Sigma final ou le néant d’un Phi

12 janvier 2008

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Pathos

Ce cher Socrate, nous montre Platon
Plaçait la vertu au-dessus de tout
Et opposait semble-t-il la sagesse au plaisir
Or il semble que le plaisir soit la meilleure voie de la sagesse
Car vient assez vite la douleur
La meilleure des amertumes
Celle qui rompt les chaînes du prisonnier de la caverne
Attiré par ce feu source de ses fantasmes
Révélateur de la connaissance

Mais il est vrai que le retour inévitable
à l’obscure caverne
lui est encore plus pénible.

14 janvier 2008

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Empédocle d’Agrigente

«… à garder dans ton cœur muet.»
disait Empédocle
et suivant son conseil
mon cœur s’est tu
et conserve en lui tous les mots et les soupirs
non dissipés
dans leur mausolée d’espoir et d’avenir

3 avril 2008

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Redoux d’hiver

Ma nuit des temps révolus
Tu t’es mêlée maintenant à mes jours
À ma vie qui traîne derrière moi
Mes nostalgies bienheureuses n’ont plus de fin
Dans mes yeux fixes des souvenirs de lunes
Mes avenirs inconnus se rapprochent, se heurtent
Mon présent est suspendu, sans souvenirs possibles
Quelques crocus percent lentement la neige de mon hibernation
Mes mots abîmés n’en peuvent plus de ne plus te lire
Mémoire inoubliable
Redoux d’hiver
Je reprends notre plume

19 décembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Moissons nocturnes

Je te regarde dans mes nuits blanches et bleues
Je te frôle du bout de mes rêves éveillés
Je te sens frémir étalée sous mes sens
Je te capte dans tes trépidations solitaires
Je palpe tes chairs réveillées
Je moissonne ton corps en jachère
J’atteins tes lagunes limpides
J’écoute tes prononciations exaltées
Je laisse à ton cou un frisson d’éclair
Jusqu’à la prochaine nuit
Réelle.

30 novembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Nous nous emporterons

Nous nous emporterons
De nos voix déraillées
À l’orée de nos peines
À la fin de nos délires
Après la croisée percutante de nos vies
Après nos brûlures, nos morsures
Après nos yeux silencieux des nuits bleues
Après le déversement de nos mots
Après la déglaciation de nos corps
Après nos pas de troubadours
Après nos fèves, nos poissons et nos fruits
Après le film d’une autre vie projeté dans une cuillère
Après nos musiques d’esprit
Après nos culpabilités sereines
Après nos confessions démasquées
Après nos attentes de temps suspendu
Nous nous emporterons
Vers la prochaine percussion de nos vies

29 novembre 2007

29 mars 2009. Endopoétique. Laisser un commentaire.

À l’échafaud

à K.

Je t’ai donné l’âme de mes siècles
Je t’ai chantée dans mes eaux tumultueuses
Je t’ai dessinée sur les murs de mon existence
Je t’ai criée la nuit aux changements des heures
Je t’ai attendue dans toutes tes douleurs refoulées
Je me suis tourmenté de tes éloignements intemporels
Je t’ai contemplée dans la lumière de nos joies
Je t’ai écoutée dire tes mille prières
J’ai rêvé à toi dans notre possible éternité
Je t’ai touchée sur ta peau de neige
Je t’ai dansée au mariage de nos fatalités
Je t’ai humée de tes parfums d’images et d’écritures
Je t’ai copiée cent fois pour ne plus te manquer

Je t’ai outragée par toutes mes maladresses
Je t’ai humiliée par ma forteresse d’orgueil
Je t’ai trompée par mes vaines convoitises
Je t’ai négligée par mon vent d’égoïsme
Je t’ai délaissée par mon automne pluvieux d’avidité
Je t’ai violentée par mon corps délabré
Je t’ai accablée par mes indifférences crasses
Je t’ai avilie par mes endormissements
Je t’ai froissée par mes conversations effacées
Je t’ai profanée par mes mots insipides

Sur mon échafaud
Tu seras mon seul juge
Sauveur inespéré
Ou mon bourreau

27 novembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Après mon tombeau

Après mon tombeau
Je n’en sortirai
Qu’avec l’aide divine de ta main légère
Quand tu trouveras mon linceul
Il sera fait de tes poèmes enroulés
Autour de moi
Milliers de bandelettes
Verbes sublimes et colorés
Mon encens dégagera ton parfum d’automne
Mes icônes rayonneront tes images radieuses
Dans mes canopes quelques-uns de tes cheveux
Mes prières chanteront nos musiques
Ma danse funèbre sera notre tango
Mes fresques dessineront l’histoire de nos nuits
Mon humidité sera imbibée de notre sueur

Ma pierre tu la lèveras d’un seul mot
Et je marcherai vers toi à nouveau en vie
Tels deux anges nous nous élèverons
Vers les cimes de notre fatalité.

25 novembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Dernière illusion

à K.

Mon infini bonheur mon amoureuse fidèle
Avec toi mes jours je ne les compte plus
Tu partages ma mémoire de tous les temps depuis l’aube
Tu te confonds en moi comme le vent et la vague
Je te crie dans l’immensité de mon âme
Je ne t’oublie pas
Tous nos siècles si lointains se rapprochent de jour en jour
Je me condense de joie à te savoir en vie
Ta vie et la mienne ne sont plus qu’une seule larme
Que nous verserons ensemble à la fin de nos temps
Lorsque plus rien au monde n’aura d’importance à nos cœurs
Nous nous bercerons dans les montagnes sous les pluies d’étoiles filantes
Nous courrons paume à paume les pieds mus par l’éternité
Nous nagerons dans les sables mouvants de nos déserts ravalés
Je te porterai sur mon échine brisée
Malgré les souffrances d’outre-tombe et d’autres temps
Nous façonnerons notre histoire sans horloge
S’inventant mille et un destins et autant de passés
Je graverai tes yeux pierres précieuses sur mon tombeau
Je t’honorerai jusqu’à la mort de mes mots
Je te respirerai chaque instant de mon agonie
Jusqu’à la toute dernière illusion de notre vie.

24 novembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Dernier soubresaut

Il n’aura suffit que de ta courte oraison
Pour que je sois transfiguré en une autre blancheur
Tu me transmets toutes tes vagues déchaînées
Tes raz-de-marée décapants m’emportent au large

Je veux te connaître dans chaque forêt dans chaque arbre
Je veux te hurler à chaque lune
Changé en loup je te chasserai malgré les pièges
Je te regarderai langoureuse avant la morsure
Tu te débattras vivement à voix haute
Tu secoueras tous tes membres et ton corps
Prisonnière sous le poids de mon corps
Mes griffes ancrées dans tes hanches et ton échine te maîtriseront
Les yeux fermés pendant que je te regarde encore
Jusqu’au mélange de notre sang
Jusqu’au dernier soubresaut avant le sommeil inévitable

Ce sera le dernier débat
La dernière morsure
La dernière secousse
Le dernier sommeil
Et je retournerai dans mon hibernation millénaire

23 novembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Rose

Je me suis penché vers toi rose blanche et noire
Je t’ai humée à m’époumoner de mes phares
Je me suis piqué à tes vers
Je me suis affalé sur la mousse de ton champ
J’ai résisté de toutes mes résistances
Puis je t’ai cueillie sans t’arracher.
Un à un tes pétales enlevés.

Tu m’as sonné mes clochers byzantins
Tu m’as secoué de mes vieilles poussières d’années
Tu m’as ravivé mes passions d’outre-tombe
Tu m’as avalé de tous tes pistils.

Maintenant je dois retourner à toutes mes tulipes
Ces grands champs orange bleu dans un monde si lointain
Cette Hollande si seule avec ses eaux de larmes
Ces tulipes piétinées en cueillant cette rose.

18 novembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Toutes mes excuses

à K.

Socrate, Platon
Gaston Miron
Tagine de légumes
Poésie inspirée

Quel crime ai-je commis
Celui de l’omission torturée
Suppliciée
J’ai laissé vivre ce vif feu
Qui ne s’est pas consumé
Pour me réveiller de ma torpeur
Pour me tester de mon amour
Immense et infini
Envers celle qui
À la fin de ma vie
À la fin de sa vie
Partagera l’éternité

Mais il a laissé une fumée noire
Odeur de souffre dans son âme
Jusqu’à l’autre bout de l’océan
Elle qui me pleurait de ses mots grecs
Moi qui la pleurais de mille mots russes
Maintenant pleure à froides larmes

Châtiment
Maintenant rien que de la prose
Sans philosopher
Sans légumineuses
Sans jeune fille aux yeux pers des champs de rosées
Sans homme rapaillé

Car ce souffre
Cette chaux à ses yeux
Cette caustique poésie
Pour elle tromperie
Fenêtre de suie

Condamné
Jamais de pardon
Je sais je n’aurai
Jamais plus ce feu
Jamais je n’aurai

16 novembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

La passion d’Ulysse

Brûlure intense dans ma poitrine
Tu me tourmentes depuis sa rencontre
Tu m’écrases, me tortures, m’écartèles
M’imposant son image comme le Soleil regardé
M’asphyxiant lorsque par mégarde son épaule frôlée
Pourquoi par ta ruse, allonges-tu le temps?
Portant ma souffrance à son apogée

Ah! Tu t’acharnes sur moi, me harcèles, tyrannises doucement mon âme
M’emprisonnes sur cette Ogygie
Part ou laisse-moi donc partir!
Et cesse d’importuner mon esprit
Non reste encore un peu!
Car ta braise ardente éclaire et chauffe mon navire

Ma raison, combattante, te repousse sans cesse
M’attachant au mât devant cette Sirène
Car mon amour en Ithaque me pleure et se languit
Pénélope quittée pour affronter la vie
Pour elle, c’est promis je résisterai à tout
Même à ce chant envoûtant qui rend fou

Le 13 novembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Le pas de la porte

Ce temps qui n’en finit plus de s’allonger
Ce silence assourdissant de nos bouches
Ces mots hurlants de nos yeux
Cette paralysie totale de nos corps
Ce vent glacial au-dehors
Cette lamentation si lente et si puissante
Ce regard fuyant – insistant
Ce cœur tachycarde qui brûle
Cette énigme du génie de la lampe
Ces calmes et ces tempêtes
Cette autre métaphore
Cette blessure et son supplice
Cette platonique tristesse
Ce dangereux pas de la porte
Souvenirs

13 novembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Delirium tremens

Qu’entends-je? Que vois-je?
Que mes jambes tremblent
Que je fabule, fébrile, frissonne
Dors le jour, délire la nuit
La confusion me hante
Sevrage intense
Hypertendu, pupilles noires
Chamade au cœur
État de manque
Je convulse de tous mes mots
Et des tiens
Hallucination impossible
Éphémère illusion
Redonne-moi à boire à nouveau
De tes étincelles infinies

14 novembre 2007

29 mars 2009. Endopoétique. Laisser un commentaire.

Mes mauvaises herbes

Cet affreux brouillard
Rideau menaçant
Mieux valent cent de tes orages fleuris.

J’aimerais bien te voir
Rose blanche
Sur ton île exquise
Exhalant un parfum de mots
Respirant la poésie

Mais ton île est pure
Et de mes mauvaises herbes
Après quelques temps
Y pousserait l’ennui.

Puis tu m’arracherais.

15 novembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Inhibitions imbibées

Sur cette comète bleue désemparée
Le désir est en route pour Babel
Tout est en place pour l’envolée heureuse
Je te trouve partout sans même te chercher
Inaccessible songe, imagination
Et débute enfin la traversée d’entre nous
Ce tangage mouvementé de ton corps et tes lèvres
J’entends tes cris vibrants de poursuites infinies
J’entends tous les clapotis de la houle tiède
J’accélère le rythme de nos seules pagaies
J’approche de la rive à l’horizon

Le temps avance et je n’avance pas
À contre-courant l’aube m’approche
Le vent au visage trouble ma pensée
Tant d’inhibitions imbibées
Regards tout autour et ouïes si fines
Murs de papier si tranchants
Tableaux observants derrière la vitrine
Bruits de mon inconscient

19 novembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

La nuit nous rappelle

Lointaine pénombre de mon songe infini
En toi et par toi j’ai franchi les mille caps d’azur hachurés
Tu m’as révélé à toutes mes ambivalences retenues
Dans notre pôle et nos mirages brûlures déréglées
J’ai t’ai absorbée de mes poumons trop petits
J’ai t’ai inondée des souffles humides de mes cavernes rupestres
Mes eaux phréatiques limpides ont remonté vers ma surface craquelée fissurée
J’ai regardé ce pendentif à ton cou et tes auréoles hypnotisantes
Je te veux encore loin de mes contes
Je te veux encore près de mes poèmes
Je te poursuis encore avide dans mes coins et mes océans d’univers
Je te cherche infatigable dans tes cheveux
Fils menant jusqu’à toi les yeux fermés
Tu m’éblouis dans ma noirceur abandonnée dans la neige
Lumière chaude faisant fondre mais ne fondant pas
L’horloge fluide arrêtée s’est remise à tourner à l’envers
Jusqu’à la nuit qui derrière nous nous rappelle
Jusqu’à la nuit derrière nous où je voudrais te relire.

22 novembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Mémoire sauvage

Quand cela a-t-il commencé
Musique de fer qui cogne en moi
Je tente de me souvenir de l’instant précis où tu débutas
En moi, tel ce violon désaccordé
Son de frisson dans mon échine nue
Entre deux notes de piano aiguës
Crissement de lames à mes oreilles
Bruit strident perçant mes yeux écarquillés
Cadence infernale dans ma tête qui ne peut s’arrêter
Accélérant dans un crescendo sans fin ni début
Je m’écarte de mes chemins tracés dans mes mains
Je m’écartèle à ton câble d’acier trempé
Ton crochet de plomb est planté dans ma peau
Tu me traînes derrière toi à toute vitesse
Je me cogne à toi, me déchire, me défonce, m’arrache
Mes éclats ferreux partent dans toutes les directions
Et vont se planter dans les murs, les yeux, les visages
Mes yeux, mon visage, tes yeux, ton visage
Mon œil aveuglé par ce corps inséré en lui n’en peut plus de se fermer de spasmes
Imagine retrouver la vue
De sa mémoire sauvage

Écriture automatique
23 novembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Oraisons d’argile

à K.

Tu m’as façonné de tes mains de potier
Tu as fait de mon vase un reflet de ton âme
Tu m’as ourlé de passions qui étaient tiennes
Plus besoin de mots
Pour te lire ou te comprendre
Tes yeux valent mille images
Tes images sont oraisons d’argile
Gracieuses à mon esprit
Tu m’as transfiguré par ton seul sourire
Tu es en moi ancrée à mes abysses
Cette ancre infinie remontant jusqu’au soleil brûlant
Que même l’éclipse ne peut décrocher

Je te veux à mes sens
Je te veux près de ma poitrine
Je veux à nouveau sentir tes mains tournoyantes
Et ta bouche siffler

24 novembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Impossible vision

Je te revois éveillé tu n’es plus mon songe
Mon œil te contient entière dans son iris dilaté
Cataracte à ma raison sans lunes, à mes sécheresses sans pluies
Je m’aveugle volontiers de ta présence en mes tumultes
Je veux m’énucléer de mon passé et m’ajouter ton futur
J’ai brisé mes verres pour te lire dédoublée dans mes fenêtres fracassées
Je ne suis plus myope de mes désespoirs
J’ai ôté mes œillères d’inhibitions réprimées
Maintenant je discerne les couleurs de tes mots
de ta peau de feuilles d’automne
de ton regard d’éclipse
de tes seins d’argile fraîche
Mon regard dévie vers tes palpitations nocturnes
Mes globes roulent de mes convulsions en toi

Je devrai me couvrir les yeux à jamais
Pour que jamais dans ma fatalité future
Une porte subitement ouverte dans ma chambre noire
N’abîme mes rétines

26 novembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Affranchis

Je te revois à mes bras déliés pour te contenir
Sourire à tes lèvres et supplications à tes yeux
Tes douces illuminations arrosent ma peau
Tes mains sur moi m’atteignent au cœur
Tes cheveux même glacés me réchauffent sans peine
Ta voix chuchote à tous mes sens, aiguisés vers toi
Nous ondulons encore devant les miroirs et les océans
Nous nous confondons en une seule réverbération de nous-mêmes
Plus rien n’a de sens dessus dessous
Le monde autour n’a-t-il jamais existé
Soixante et onze
Six cent vingt-sept
Tel fut notre rang céleste
Une fois l’utopie franchie
Une fois affranchis

2 décembre 2007

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Résumons

Poème de séparation 2

Tu fus quelques nuits d’amour en mes bras
et beaucoup de vertige, beaucoup d’insurrection
même après tant d’années de mer entre nous
à chaque aube il est dur de ne plus t’aimer

parfois dans la foule surgit l’éclair d’un visage
blanc comme fut naguère le tien dans ma tourmente
autour de moi l’air est plein de trous bourdonnant
peut-être qu’ailleurs passent sur ta chair désolée
pareillement des éboulis de bruits vides
et fleurissent les mêmes brûlures éblouissantes

si j’ai ma part d’incohérence, il n’empêche
que par moments ton absence fait rage
qu’à travers cette absence je me désoleille
par mauvaise affliction et sale vue malade
j’ai un corps en mottes de braise où griffe
un mal fluide de glace vive en ma substance

ces temps difficiles malmènent nos consciences
et le monde file un mauvais coton, et moi
tel le bec du pivert sur l’écorce des arbres
de déraison en désespoir mon coeur s’acharne
et comme, mitraillette, il martèle

ta lumière n’a pas fini de m’atteindre
ce jour-là, ma nouvellement oubliée
je reprendrai haut bord et destin de poursuivre
en une femme aimée pour elle à cause de toi

-Gaston Miron

29 mars 2009. Mots-clefs : , . Endopoétique. Laisser un commentaire.

g20

C’est bientôt le grand conclave des orienteurs du monde.

Cette année, ils se sont empêtrés dans les lacets de leurs souliers neufs. Le nœud est trop serré. Ils doivent ôter leurs souliers et l’on découvre leurs chaussettes sales et trouées, leurs pieds puants, remplis de verrues et de cors.

Ils travailleront vite à se trouver de nouvelles chaussures pour masquer cette horreur qui désoriente le monde et eux-mêmes.

29 mars 2009. Détêtements, Excruciations politiques. 1 commentaire.

Sans issue

délambiné entre tes seins et mes yeux

je pense à nos lendemains de culs-de-sac

je pense à mes demains de coins de rue

nous somme nus toi et moi âmes à sec

et jaillissent devant nos sanglots boueux

les divorces d’enclumes

les marteaux qui déracinent les statues

nous évitons les danses hors des phares

nous éloignons la cadence étourdie

je me tue je me tue je me tue

dans mes brics-à-bracs de mille lieux décousus

je fouille le vide en avant

je lance mes mains à l’attaque

rien rien rien rien rien n’y attrape

la nuit est trop courte trop brillante

aucun temps mort ne survit

n’oublie pas, n’oublie pas, n’oublie pas que je t’aime sans issue

29 mars 2009. Mots-clefs : . Endopoétique. Laisser un commentaire.

La vieille du métro Mont-Royal

Un soir vers dix-huit heures quinze
j’attendais avec ceux qui attendent
debout dans la station de métro Mont-Royal.
Une bande d’immobiles encadrant les escaliers mobiles.
À côté de moi était assise une vieille dame
le foulard sur la tête, la canne dans la main
un vieux sac à ses pieds, les vêtements souillés
incapable de se tenir tranquille, bougeant sur place comme une toupie.
«Ça va madame ?», lui ai-je dit
pendant que les immobiles se fondaient dans les murs.
«J’attends mon mari depuis midi
je suis inquiète pour lui, le maudit
il doit être tombé, il devait venir me chercher
voulez-vous aller le trouver
un vieux avec une barbe blanche et un imperméable gris».
Dehors je ne trouve personne comme lui.
«Voulez-vous lui téléphoner ?
De la famille à appeler ?»
«Je n’ai pas de famille, ni de numéro».
Elle n’avait sans doute plus de mari.
Dix-huit heures trente sonnèrent
comme les douze coups de minuit.
Je la laissai retourner attendre sans fin son mari.
Moi mon attente était finie.

28 mars 2009. Mots-clefs : . Endopoétique. Laisser un commentaire.

Chute “libre”

Celui qui n’a jamais (JAMAIS) connu la solitude — pas la solitude physique, celle de l’âme — tombe dans un abîme profond, lorsqu’un jour inattendu, il coupe lui-même le lien solide qui attachait son âme au sommet immensément élevé du pilier de sa vie, attiré par les profondeurs, par le gouffre qui l’appelait le soir de ses vents et de ses ombres inconnues.

Il donnait à ce gouffre le nom de “Liberté”, un nom qui lui semblait beau.

Dès qu’il coupe le lien, la chute est brutale, le cœur refuse de suivre, voulant demeurer initialement près du pilier. Le souffle manque, c’est la grande nausée, le vertige est intolérable, tout n’est que désorientation.

Quelques mains se tendent pour l’agripper, mais la chute est trop rapide et s’accélère.

Enfin, la vitesse de tombée se stabilise et l’homme peut reprendre son sang froid, il tente de se repérer, de se réorienter. Dans sa chute libre, il essaie quelques pirouettes, joue à l’oiseau. Le vertige se transforme pendant un instant en une stimulation presque agréable.

Mais la descente continue. Et soudainement, BANG ! Il frappe le sol à vive allure. L’âme sans parachute est fracassée, émiettée. Désintégrée.

Quelques miettes se rassemblent — avaient-elles un autre choix — et décident de reformer une nouvelle âme. Cette dernière regarde en haut, au loin, l’ancien pilier. Celui-ci est presque invisible, un point dans le ciel, comme une étoile.

L’âme, l’homme, reprend peu à peu ses esprits, dans le noir, dans les tristes vallées. L’étoile est là-haut, mais il sait bien que jamais plus il ne pourra y retourner.

Il n’a d’autre choix que d’en faire une étoile polaire, une étoile de souvenirs. S’inventer un guide lointain qu’il imagine bienveillant.

Par la suite, il commence à explorer à tâtons l’espace autour de lui. Il marche dans les marécages, dans les trous d’eau, dans les ronces.

Et ses yeux s’habituent tranquillement à la lueur environnante. Il aperçoit alors d’autres âmes, dans la même situation que lui. Certaines qui ont de l’expérience dans ce genre de chutes, d’autres qui n’ont jamais eu de pilier ni d’étoile.

Voilà où la liberté commence. Explorer ce monde d’âmes. Et un jour lointain, peut-être — qui sait où le temps le mènera — escalader l’abrupte montagne, vers un nouveau pilier.

28 mars 2009. Mots-clefs : , , , , . Exodes. 3 commentaires.

Radically Physical

Autour de sa meilleure bouteille de vin, mon vieil ami m’a invité à boxer avec lui.

Quoi ! Boxer ! Moi ? Vous voulez rire !

Quand j’ai mis ses gants de boxe, j’ai immédiatement accepté.

Un exutoire à ma violence anarchique, à mon agressivité immense pressurisée.

Radically physical.

28 mars 2009. Mots-clefs : , . Détêtements. Laisser un commentaire.

Libido

I’ve got to go back in town.
Why does it take so fucking long.
I need to hear a screaming song.

I’m tired here doing nothing.
There I could get everything.
All the fuck I’m still dreaming.

Well there’s my imagination that kicks in.
But nothing’s worth more than touching the skin.
And watching the eyes slowly closing.

And hearing the accelerating breaths.
And feeling the appearing back sweat.
And seeing the smiles without a threat.

But my satisfaction is right after.
By just smelling the long hair of her.
Just being well together.

With whom ? I now wonder…
Maybe never.

28 mars 2009. Mots-clefs : , , . Détêtements. Laisser un commentaire.

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