Poète absurde
J’avais pris une pause. Une préparation à mon « suicide littéraire ». Je préparais le nœud, m’assurais de la solidité de la corde. Le bouton d’effacement était à ma portée.
Mes écrits, étalés devant moi, m’apparaissaient comme une marre de sang séché, jadis une hémorragie massive interne — d’une rupture aortique —, puis une transsection carotidienne — en perdant la tête. Ils étaient devenus intolérables à voir. Absurdes. En les relisant, je n’y voyais plus aucun sens. Seule leur destruction avait encore un sens. Il fallait annihiler leur absurdité. Nettoyer cette odeur rouillée de sang séché qui ne faisait plus que soulever en moi — et, je peux imaginer, chez quelques autres — la nausée comme un puissant émétique.
Je venais de découvrir en l’absurde un absolu. Il venait d’émerger en moi avec la chute de mon dernier idéal : l’amour. Dieu existe : il est absurde ; le monde est expliqué.
Ah ! Comme je fus le plus grand des sorciers idéalistes, moi, le chasseur de sorcières idéalistes !
Avant de tirer la corde qui ouvrirait la trappe de l’anéantissement, mes yeux errèrent par hasard sur un texticule d’une écrivaine (appelons-la ainsi, puisqu’elle écrit) qui se disait née à nouveau après son « suicide littéraire ». Puis tant d’autres. Cela devenait presque une norme, une habitude, une étape. On n’aime plus, on tue. Les cimetières étaient remplis d’écrits suicidés.
Et moi, fidèle à mon habitude, je ne pouvais pas marcher dans le chemin des autres. Plutôt traverser le marécage, jusqu’à m’embourber [les rares personnes qui me connaissent bien confirmeraient ce maudit entêtement]. Fidèle jusqu’au bout, je ne pouvais pas abandonner d’anciennes amours, fussent-elles mes chimères.
Et me voici donc sabotant mon suicide. Je porterai désormais tout le poids de mes écrits insensés. Même les plus laids, les plus mauvais, les plus douloureux, les plus magnifiques. Les plus absurdes. Mon fardeau me suivra, me ralentira comme une carapace de tortue. Peut-être aussi me protègera-t-il. L’absurde peut-il faire bouclier à l’absurde ? Et j’arriverai bien avant Achille.
Mais, je me réincarne, moi le néosremedien. J’abandonne une fois de plus aux quatre vents ce corps et les autres et transmigre vers un autre, définitif. Le mien.
Coquecigrues, etc.


versionscelestes a répondu :
Vincent,
Les suicides littéraires, les hara-kiri poétiques…
Je suis et te suis là bas…
Versions Célestes
3 avril 2009 at 18:25. Permalien.
LoupDeVille a répondu :
Vincent tu es très dure envers toi-même et par tout ce que tu partages sur ton blogue, tu nous enrichis alors, je vais conclure ce commentaire dans le même sens que versionceleste… je te suis aussi…
4 avril 2009 at 00:42. Permalien.
Vincent Sremed a répondu :
@Versions célestes : l’instabilité, c’est bien moi, incapable de rester en place… Celle-ci devrait être, sinon permanente, au moins à long terme. Merci de m’accompagner.
@Loup : merci et bonne continuation avec moi. Dur envers moi-même ? Je ne crois pas. Lucide (autant que possible) envers moi-même, peut-être.
4 avril 2009 at 09:27. Permalien.
Daud a répondu :
Heureusement, c’remède vint sans destruction…
Que la pugnacité puisse vous porter vers la réconciliation de vous avec vous-même.
5 avril 2009 at 17:55. Permalien.
Ame Tourmentée a répondu :
Comment la blogosphère serait-elle sans tes mots?….
-xxx-
14 avril 2009 at 01:51. Permalien.
Vincent Sremed a répondu :
Ça, c’est très gentil Âme !
14 avril 2009 at 06:23. Permalien.
Guillaume a répondu :
Cher ami,
J’ai apprécié ton texte “Poète absurde” et ma lecture de celui-ci s’est faite avec un sourire en coins, si tu me permets le pléonasme.
En réaction à tes écrits, j’enchaînerais avec une référence à Mathieu 15-19 et une à Luc 7.45 et enfin, pour te clouer le bec, une des Épîtres de Saint Paul aux Romains 16-19/20 qui dit : «Pour vous, votre obéissance est connue de tous; je me réjouis donc à votre sujet, et je désire que vous soyez sages en ce qui concerne le bien et purs en ce qui concerne le mal. Le Dieu de paix écrasera bientôt Satan sous vos pieds.»
Réel plaisir que tu sois de retour,
Guillaume
26 avril 2009 at 21:54. Permalien.
ysengrimus a répondu :
Tu as raison de garder. On fabrique des chaises, on sait pas qui va s’assoir dedans…
J’en fais autant.
Paul Laurendeau
16 juin 2009 at 20:17. Permalien.