Logique aristotélicienne ?
« La comparaison [de Platon dans la République] avec les bêtes pour établir que les femmes doivent avoir les mêmes fonctions que les hommes est absurde : <les bêtes>, elles, n’ont pas de maison à tenir. »
— Aristote, Les Politiques, II, 5, 1264-b.
Je vois dans cette phrase une absurdité, mais de tout autre ordre…
On dit d’Aristote qu’il était plus réaliste que Platon et il est à ce titre représenté montrant le sol plutôt que le ciel sur une célèbre fresque de Raphaël.
Il semble que ce maître de logique était si réaliste qu’il ne pouvait pas envisager que les choses soient autrement que ce qu’il vivait selon les traditions et coutumes, du moins dans le cas de l’esclavage et des femmes qui le soulageaient de tout autre tâche et lui permettaient de philosopher à sa guise durant toute la journée. Il devait défendre avec “la raison” cet excellent système [selon ses propres intérêts] et s’opposer aux dangereux sophistes trop relativistes ou aux idéalistes qui considéraient la femme et l’esclave comme des êtres égaux par nature aux hommes libres.
Il regardait au sol, sans doute trop myope pour imaginer d’autres mœurs.
«Esclaves par nature»
«Mais une famille achevée se compose d’esclaves et de gens libres. [...] Les parties premières et élémentaires d’une famille sont un maître et un esclave, un époux et une épouse, un père et ses enfants [...].
Car celui qui par nature ne s’appartient pas mais qui est l’homme d’un autre, celui-là est esclave par nature ; et est l’homme d’un autre celui qui, tout en étant un homme, est un bien acquis, et un bien acquis c’est un instrument en vue de l’action et séparé de celui qui s’en sert.»
— Aristote, Les politiques, I, 3-4.
La raison le montre aussi bien que les faits l’enseignent, dit-il encore.
Aristote devait avoir de précieux esclaves (il en avait paraît-il une vingtaine) pour justifier ainsi par la raison qu’il y a des esclaves (des «instruments animés», pour reprendre ses termes) par nature… Le père de l’éthique nous démontre avec brio le conflit d’intérêts.
(Notez au passage que le rôle de la mère pour les enfants est un facteur négligeable dans une famille achevée…)
N’y aurait-il pas aussi des malhonnêtes intellectuels par nature ?

