Et fleuriront des souvenirs
«S.V.P. : N’envoyez aucune fleur. Elles seront jetées de toute façon et je déplore cela depuis toujours. Mes enfants méritent plus. Prenez l’argent et offrez-vous du temps avec vos proches, soutenez une cause dans notre monde, offrez un café à un itinérant, faites un geste tendre envers un vieillard, etc.»
— Fin de l’avis de décès formulé par la mère de deux enfants assassinés par leur père
La mort d’un proche, encore plus de deux, encore plus de ses propres enfants, encore plus lorsque assassinés par son ancien conjoint, est un moment que l’on peut imaginer excessivement difficile à surmonter. En fait, on ne peut même pas l’imaginer.
La mort d’un proche est en général un moment où toute la société vous donne le droit à l’égoïsme, le droit de penser à votre douleur personnelle avant celle des autres, de vous plaindre, de pleurer, de prendre un congé exceptionnel, d’oublier tout sauf la mémoire du défunt et la vôtre. Le droit de recevoir des fleurs. Même inutiles.
Ces paroles de cette mère montrent une grande abnégation fort probablement sincère, peut-être aussi une volonté profonde de trouver une minuscule utilité au décès absurde de ses enfants aimés.
Je ne juge certainement pas la demande de cette mère. Jamais je ne pourrai être à sa place pour comprendre tout ce qu’elle vit et ce qu’elle vivra pour le reste de ses jours. Et ces volontés lui appartiennent de plein droit. Je ne crois pas en dieu ni aux superstitions, mais les volontés entourant la mort ont pour moi un caractère presque sacré.
Mais cet événement tragique est si médiatisé. Et je connais bien les médecins [elle est médecin]. J’espère seulement pour elle une chose : qu’elle cesse un instant de donner et qu’elle se laisse aller à recevoir, à se faire remplir les yeux grand fermés.
Je souhaite que les itinérants et les vieillards lui envoient des fleurs, si ce n’est pas pour les enfants comme elle le demande, que ce soit pour elle. J’en fais ma cause dans le monde pour aujourd’hui.
«Très humain»
J’apprends qu’un jeune collègue cardiologue à commis l’infanticide de ses deux enfants à l’arme blanche dans un contexte de rupture conjugale, avant de rater son suicide.
L’homme a étudié au même endroit que moi à peu près en même temps que moi. Nous nous sommes croisés dans ce très petit monde, bien que je ne le connaissais pas personnellement. Son visage et son nom me sont familiers.
Sur le site RateMDs.com, les deux commentaires écrits bien avant le drame par deux patients lui donnent une note parfaite et mentionnent de lui qu’il est une personne humaine, qu’il est très humain. [Notons au passage que le commentaire écrit après le drame lui donne une très mauvaise note.]
Je vous laisse la réflexion sur ce que cela signifie que d’être humain.
AJOUT : il a été enlevé de RateMDs.com. Il faut croire que le fait de commettre un crime efface son passé. Les bons commentaires que je cite étaient-ils trop insupportables?

