Vous et Nous ? Toi et Moi.
«Celui qui est obligé de se définir, c’est lui qui est inférieur. [...] Quand je suis ici, je suis un Québécois. [...] Moi, ce que je veux, c’est être un Québécois, pis toi, définis-toi. [et la foule d'applaudir]»
— Réjean Tremblay, «journaliste» québécois nationaliste, à l’émission de radio Bazzo.tv du 26 février 2009.
J’aborde légèrement et différemment le sujet dans un précédent texte.
Qui suis-je, moi. Qui es-tu, toi.
Suis-je un homme ? Un esprit ? Un corps ? Suis-je un professionnel? Un passionné ? Un fou ? Suis-je un Québécois ? Un Canadien ? Un Occidental ?
Le journaliste cité affirme que celui qui est obligé de se définir est «inférieur». Il se définit lui-même, inférieurement donc à ses yeux, comme Québécois. Sans utiliser le mot «inférieur», imprécis et inutilement péjoratif, j’utiliserais plutôt le mot «réducteur». Ainsi, le journaliste se réduit lui-même. Il réduit son être à un ensemble de caractères accidentels et communs à plusieurs personnes : la langue, le territoire géographique, la nourriture, etc. Dans sa définition, il aliène sa propre personne. Pour lui, il n’est ici que les autres.
Mais les autres ne sont pas cela.
À la question «qui suis-je?», aucune réponse ne peut contenir tout ce que je suis, sauf «Moi». Le Québécois, l’homme, le Canadien, l’Occidental, le professionnel, le corps, l’esprit, ne sont que des parties de moi, et encore, des parties changeantes. Je suis aussi Russe, Chinois, Anglais, Français, Malien, Hongrois, Italien, Espagnol, Arabe, Japonais, etc. Je suis aussi ce que j’ai lu, ce que j’ai discuté, ce que j’ai pensé, ce que j’ai détruit, ce en quoi je me suis trompé, ceux que j’ai aimés, ceux que j’ai détestés, ce que j’ai subi, ce que j’ai fait subir, ce en quoi j’ai eu raison, etc. Rien ne saurait me définir correctement. Rien ne saurait te définir correctement.
Le patriotisme, le nationalisme, les classes, la citoyenneté, le terrorisme, etc. sont excessivement réducteurs.
On tue une personne unique en la réduisant à l’infime partie d’elle qui est, par exemple, occidentale. On invective un individu unique en le réduisant à sa langue. On se bat pour maintenir l’individu dans ces courtes et stériles définitions. On tait la singularité.
La notion du «Nous» et du «Vous» en tant que peuples délimités est excessivement réductrice. Un peuple n’est qu’un concept artificiel, qui en soi n’existe pas.
En affirmant un peuple, on nie alors chaque individu qui le compose.
En taisant la singularité des individus et en exacerbant le sentiment d’appartenance à un groupe dont la définition est réductrice, le roi, le chef d’État et tous les manipulateurs d’âmes peuvent assurer ainsi leur pouvoir et leurs intérêts.
Il n’y a pas de peuples, il n’y a que des individus.

